Rencontre avec une pointure en aéronautique

André Arruda pilote des petits avions depuis l’âge de 18 ans. Il s’est récemment offert le sien avec trois amis pour planer en toute liberté, et espère un jour voler de ses propres ailes aux commandes de celui qu’il est en train de construire.

Depuis le Brésil, André partage quelques mots sur sa passion et ses envols remarquables.

 

« J’ai passé mon enfance à BAURU, une petite ville de São Paulo où il y a un aéro-club. Cet endroit m’a toujours fasciné. J’aimais bien regarder les avions s’envoler, et je passait beaucoup de temps à discuter avec les mécanos.
C’est comme ça que mon envie de voler a grandi.

La sensation de liberté, le plaisir de flotter dans les airs et d’aller là où je veux.
C’est magique. » 

 

 

A / SES AVIONS :

AA : Celui que j’ai acheté le mois dernier avec mes amis est un avion ultra léger sportif (LSA). C’est un kit assemblé dont la construction est très simple. Ce sont des structures d’aciers soudées ensembles recouvertes par une toile. Il est assez performant et malléable.
Chaque week-end on se ballade sur la région, et on se charge de notre propre maintenance.

Celui que je suis en train de construire, j’espère le terminer d’ici 2016. Le voici aujourd’hui :

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« C’est très simple de faire un avion qui vole

mais ce n’est pas facile de faire un avion qui vole bien. »

 

AA : D’abord il faut bien choisir le profil de vol. C’est à dire définir quelle vitesse, quelle altitude, quelle autonomie on désire obtenir.

Ensuite il faut choisir une aérodynamique optimisée pour ce profil. Puis créer un beau design personnalisé, et enfin choisir un moteur assez puissant.

En résumé il faut trouver la meilleure configuration qui réponde au profil de vol qu’on se définit.

 

Parle-nous de ton premier vol

AA : A 18 ans lorsque j’ai eu mon permis j’ai découvert le plaisir immense de voler. C’est incroyable de voir la terre qui s’éloigne de toi, ce sont des images qui restent gravées. C’est beaucoup plus sensationnel que sur les grandes lignes, cela n’a rien à voir.

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B / QUELQUES ECLAIRAGES 

 

Comment ça vole un avion ? (à peu près)

AA : C’est est un appareil très simple. La force qui maintient l’avion en vol est la différence de pression entre la surface inférieure et supérieure de l’aile.
Et je le redis encore mais voler et bien voler, ce sont deux choses très différentes.

 

Qui a construit le premier avion et qui a été le premier à voler ?

AA : C’était le grand défi du début du XXe siècle. Beaucoup ont essayé d’être les premiers. Aujourd’hui encore la question nourrit une polémique.

En 1903, deux aviateurs américains, les frères Wright, sont montés à bord d’un Flyer 1. L’avion n’avait pas assez de puissance pour décoller seul, alors il est descendu d’une montagne pour utiliser la force de la pente. Les frères Wright ont bien volé mais l’avion n’a pas décollé.
Cette très belle tentative marque l’histoire de l’aviation, mais ne peut pas être considérée comme un vol complet.

En 1906 le brésilien Alberto Santos-Dumont a réalisé un vol complet à bord d’un avion français, le 14-bis. Il a survolé le Parc de Bagatelle sur 220 mètres en 21 secondes, à 40km/heure.

Peu importe qui a volé le premier. Ce qu’il faut retenir est que tout le monde avait le rêve de faire décoller un appareil, et que tous ont contribué à cet événement. C’était la très belle époque des pionniers de l’aviation.

 

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Peut-être que cette image vous rappelle L’Odyssée de Cartier. Dans le film on y retrouve en effet le 14 bis de Santos Dumont.
Ami de Louis Cartier, il lui avait demandé de créer une montre avec laquelle il pourrait lire l’heure en plein vol. C’est donc à Santos Dumont que l’on doit la première montre poignet, et qui figure aujourd’hui parmi les piliers historiques de la Maison Cartier.

 

Quels acteurs de l’aviation t’inspirent le plus  ?

AA : Il y a bien sûr Alberto Santos-Dumont, un héros à son époque, et aussi l’aviateur João Ribeiro de Barros. C’est un cousin éloigné. Il fût le premier à traverser l’Atlantique en 1927, sur son avion, le JAHU. Et par pure coïncidence il se trouve que c’est le nom de la ville où je suis né.

Charles Lindenberg aussi est une grande figure de l’aviation. A son époque on rêvait de traverser l’Atlantique, et d’être le premier à relever le défi. Comme pour les premiers à voler, c’était une compétition. Lui a réalisé un voyage en partant de Gêne jusqu’à San Paolo, en passant par l’Espagne, Gibraltar, pour finalement atterrir sur la côte brésilienne.

Aussi Alberto Bertelli est l’un des meilleurs pilotes aéronautique du monde. Dans les années 80- 90 il pilotait sur le même aéroclub que moi aujourd’hui, celui de Rio Claro. C’est notre héros, il y a des images de lui partout.

 

C / L’AVION DU FUTUR

 

Quel avion te fait le plus rêver ?

AA : Ce n’est pas vraiment l’avion du futur mais c’est celui que j’aime le plus. Il s’appelle « Constellation ». C’est un avion américain, inventé par Lockheed Martin entre 1943 et 1958. Il est exceptionnel car il a joué un grand rôle aux prémisses de l’aviation commerciale. Il a marqué le début des transports aériens de grandes lignes.
Son arrivée sur le marché fût un réel succès car il est versatile, il a un fuselage exceptionnel.

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Quel avion aimerais-tu inventer ?

AA : Un avion léger, low cost peu bruyant, pour le transport personnel et pour le plaisir de voler. Un moyen plus rapide, sécuritaire et moins coûteux que la voiture.
Cet avion du futur mettra le rêve de Santos-Dumont à la portée de tous.

Le « turbofan » est aujourd’hui le moteur le plus efficace. Mais il faut encore faire avancer la technologie pour créer des moteurs toujours plus puissants et moins consommants, et travailler sur l’optimisation de l’aérodynamique des ailes.

Au Brésil il y a beaucoup de potentiel à développer, de nombreuses choses restent encore à inventer pour changer notre façon de voler.

 

« The sky is the limit ». Vraiment ? 

AA : Il y a beaucoup de limites dans l’aviation. C’est un secteur règlementé de manière très stricte pour le respect de l’espace aérien. Il y a les limites d’altitudes, et puis bien sûr de vitesses, « Never exceed » (à ne pas dépasser) et « Stall speed », (en dessous de laquelle tu n’as pas la vitesse nécessaire pour maintenir le vol).

C’est pour cela que j’aime beaucoup le planeur car il permet une vraie liberté de vol. C’est plus simple puisqu’on utilise uniquement les forces de la nature, selon un système d’ascension thermique. C’est assez incroyable de pouvoir voyager sans moteur. C’est magique.

 

D/ L’INFO DETOX

L’avion n’est pas un moyen de transport sécuritaire. (On sait que ce n’est pas le cas mais ça fait du bien de l’entendre redire).

AA : Le transport est le moyen le plus sécuritaire du monde, tout juste après les ascenseurs !
On a tellement de règles à respecter, tout est tellement contrôlé que cela en fait un moyen sécuritaire.

 

Une compagnie aérienne nationale qui offre un service de qualité, c’est un pays en bonne santé économique (et inversement). Es-tu d’accord ?

AA : Complètement d’accord. L’aviation comme tous les marchés évolue en fonction du développement national.

 

E/ LE VERDICT DE L’EXPERT

Si tu étais milliardaire, quel avion choisirais-tu pour :

Prendre un bon coup d’adrénaline en faisant des figures acrobatiques ?

Un Extra 300, c’est l’avion Red Bull.

Voyager en polluant le moins possible (mais en avançant tout de même ;))

Un motoplaneur électrique  : ce planeur utilise la force des ascendantes thermiques et a un tout petit moteur pour maintenir le vol au cas où tu en as besoin. C’est un moyen qui se développe bien aujourd’hui. 

T’offrir une petite virée en amoureux ?

Mon ULM ! Pour regarder le coucher du soleil par dessus les nuages 

Faire la course avec tes autres potes milliardaires ?

Un F4U Corsair, c’est un avion de la 2e guerre mondiale qui a servi pendant la guerre du Pacifique.

 

L’avion dont les français peuvent être fiers ?

Il y en a beaucoup mais le plus important est le Couzinet 10 Arc en Ciel. Il a été utilisé par Jean Mermoz pour créer la ligne entre Paris et l’Amérique du sud.
Il a permis des liaisons importantes entre 1927 et 1937 pour transporter les courriers. Chaque semaine il passait par le Brésil.

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Finis la phrase :

Un homme aux commandes c’est …un homme heureux 

Une femme aux commandes c’est … toujours le cas !

 

…ouf ! ;)

 

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