Le cinéma qui nous inspire : Maestro

Par Sophie Sellier

 

« Maestro » est le dernier film de Léa Fazer. La réalisatrice rend hommage au cinéma d’auteur, celui de Eric.Rhomer, (« Le Genou de Claire », « Ma nuit chez Maud »), et au comédien Jocelyn Quivrin, aujourd’hui disparu, avec qui elle tourna deux films.
C’est ce dernier qui avait eu l’idée de tirer un scénario de son expérience de tournage avec Rhomer.

L’histoire du film repose sur la rencontre de deux univers cinématographiques, l’un très littéraire et l’autre dit populaire. Cela donne lieu à des scènes absolument délicieuses et drôles. Mais surtout le comédien en sortira transformé.

 

Michael-Lonsdale-Pio-Marmai-maestro

La réalisatrice a choisi un monstre du cinéma d’auteur pour interpréter le rôle de Rhomer, Michael Lonsdale, et Pio Marmai pour le comédien, irrésistible.

Tout deux incarnent à merveille cette relation qui va s’épanouir tout au long du film.

C’est bouleversant de voir à l’écran la métamorphose d’un être, le frémissement de quelque chose qui advient, que le comédien ne soupçonnait même pas et qui va chambouler sa vie.

Pour nous spectateurs, cela fait écho à notre propre existence : on a tous un jour pensé à la rencontre qui allait changer notre vie, élargir notre vision du monde, la rendre plus belle, plus riche.

C’est ce qui se joue dans ce film.

 

J’ai aussi pensé au chef d’œuvre de Desplechin, « Esther Kahn », sur la vocation de comédien. La jeune femme voit sa vie changer à travers l’expérience du théâtre, des textes et des rencontres. C’est un long cheminement vers la vie et la liberté.

esther-kahn-arnaud-desplechin

 

Dans « Maestro » le comédien doit se confronter à un texte du XIIe siècle, Les Amours d’Astrée et de Céladon.
C’est la beauté de cette langue qui frappe et comment le réalisateur transmet à ses interprètes son amour de la poésie.

 

La relation entre le maître et ses acteurs va évoluer tout au long du tournage: le respect et l’admiration sont palpables. Ces comédiens vont réaliser qu’ils vivent une expérience unique et donc inoubliable.

La distribution des rôles est épatante puisque tous jouent leur partition avec beaucoup de talent (Dominique Reymond dans le rôle de la fidèle assistante, Scali Delpeyrat dans celui du comédien toujours en questionnement, Déborah François dans celui de la comédienne émue de tourner avec un tel cinéaste).

Enfin le film étonne par le manque de moyens dont l’équipe dispose et par les astuces que chacun trouve pour arriver à satisfaire le réalisateur. Cela donne lieu à des scènes extrêmement drôles.

Tout cela contribue à faire de ce film un petit bijou d’élégance et d’humour.

 

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