Rencontre avec Bruno Aveillan

Vendredi matin il fallait se lever pour Bruno Aveillan. L’artiste réalisateur est intervenu dans le cadre des CreativeMornings pour y discuter de sa vision de la beauté. 

Un événement exceptionnel puisqu’il n’est pas coutume de le rencontrer si tôt le matin, mais surtout parce qu’il nous a expliqué sa manière à lui de pousser les curseurs. 
L’homme de la nuit que l’on ne présente plus a notamment réalisé « L’Odyssée de Cartier« , « La Légende de Shalimar » pour Guerlain, et également ce très beau film pour Chanel que l’on aurait aussi adoré voir sur grand écran.
 
 

Bruno Aveillan a commencé par lever un apriori sur la place du créateur dans la réalisation d’un film publicitaire. Ce dernier n’arrivant pas systématiquement à la fin du maillon, mais bien au contraire, son rôle étant d’emmener les équipes plus loin que le story board. Une démarche qui ne laisse aucun répit dans la recherches de formes créatives.

Lorsque l’on exerce un métier artistique, il est important dès ses débuts de ne pas montrer ce que l’on fait mais ce que l’on veut faire. Etre à l’écoute de ses envies donc. Un cheminement qui grandit sous l’effet d’une belle quantité d’énergie, de passion et d’humain. Ces trois ingrédients lui sont essentiels dans la réalisation de tous ses projets.

Bruno Aveillan déclare avoir une approche impressionniste. Il suggère les éléments plutôt que de les proposer de manière frontale, et laisse ainsi l’imaginaire se développer dans cette part volontairement inexplorée. Car ce qui rend le spectacle magique n’est pas l’image mais le sensoriel : un détail, qui traduit l’âme du sujet. 
Une démarche qui me rappelle une anecdote sur le Taj Mahal. A la tombée de la nuit, nous devinons ses lignes dans la pénombre, depuis une terrasse sur un toit. Ces grands dômes dessinent une toile de fond magnétique et on les sent trôner majestueusement sur la petite ville d’Agra. L’aura de ce joyau architecturale nous envahi.
Le lendemain matin au grand jour la vision est spectaculaire, mais l’effet d’hier soir s’est évaporé.
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Dans ses réalisations Bruno Aveillan cherche à créer le film le plus organique possible pour créer du lien affectif, par opposition au film virtuel. Pour lui les effets spéciaux servent à prolonger l’idée créative et non la remplacer. Ils servent l’incroyable au détriment de l’adhésion émotionnelle et de la proximité.
Bruno Aveillan raconte alors une anecdote du tournage de « L’Odyssée de Cartier ». Une panthère avait décidé de sauter au dessus de l’avion de Santos Dumont, offrant un plan inattendu. Cela n’aurait jamais eu lieu si l’avion n’avait pas été reconstitué.
Recréer le réel permet ainsi de laisser les choses jouer en faveur du film dans le « naturel ». 

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Lorsque Louis Vuitton lui a laissé prendre la caméra au jour le jour, pour la réalisation de son film sur l’Esprit de voyage, Bruno Aveillan est parti à l’aventure. Avec peu de moyens mais beaucoup de temps comme il le souligne. Quand l’histoire se raconte au fil des jours, sans story board, les images font d’autant plus ressortir l’instinctif et le sensoriel. Par ailleurs ce beau mélange s’obtient avec beaucoup de réactivité.

Bruno Aveillan a terminé avec une mise en garde sur le fait de s’enfermer dans un style, pour être à la mode. Il est important d’avoir plusieurs cordes à son arc. Et pour ne pas se laisser emporter par le courant, il encourage la réalisation de projets à plusieurs.
Enfin, et pour commencer, il est primordial de cultiver son terrain. La meilleure façon pour lui de perdre de l’argent, est d’en gagner trop tôt.