Ces poupées qui veulent grandir

 
Régulièrement nous assistons à de petits cafouillages entre partisans de la critique. Chacun y met de sa justice pour crier haut et fort son affiliation au parti des brailleurs piqués à vif. Ces derniers jours il s’agissait d’une polémique autour de Barbie, la poupée à la plastique légendaire. Si le sujet ne date pas d’hier, il est remis au goût du jour dans le traditionnel numéro spécial maillots de bain du magazine américain Sports Illustrated.
Par le passé Barbie avait été accusée d’imposer une image irréelle de la beauté aux yeux des petites filles. Ce mois-ci elle s’affiche sur une fausse une du magazine, vêtue de son iconique maillot de bain en tricot noir et blanc, à côté du grand titre « La poupée par laquelle tout a commencé ». L’opération a été relayé par une campagne baptisée « Unapologetic ».
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Sans surprise l’évènement a créé un mouvement de défoulement du côté des féministes. Mais alors que Mattel persiste à présenter Barbie comme une icône de féminité idéalisée, Sports Illustrated justifie sa présence en maillot de bain comme une parfaite incarnation « de force et de beauté ».
Bref, on joue avec les mots, à défaut de jouer à la poupée.
Car dès lors que l’on parle de beauté, la candeur de Barbie part en éclats, pour laisser place à l’ambigüité qui fait son succès depuis ses débuts : une poupée… au corps d’adulte.
La confusion ancre le mythe de Barbie dans le présent, et nourrit un débat autour de la vraie beauté tout à fait d’actualité : seraient-ce ces longilignes morceaux de plastique, ou bien ce maquillage nude plus vrai que nature, ou encore ces imperfections, non photoshopées, comme le souligne Dove depuis plusieurs années ?
Dans le fond, Barbie n’est qu’une poupée qui cherche à grandir, mais qui ne peut compter que sur sa plastique pour aller jouer dans la cour des grands.
Elle est une antithèse à la beauté en mouvement, au charme, incontrôlable, à l’origine de toute sensation de lâché prise et de liberté.
Elle est l’incarnation de ces cosmétiques toujours plus actives et maîtrisées, et qui nous font sentir différent.
Barbie, la « femme » incapable d’ouvrir la bouche, ne respecte t-elle pas tout simplement son contrat : sois belle et tais-toi ?
Pendant ce temps à New York et au Japon la Maison Bottega Veneta expose la poupée Blythe dans ses vitrines. Reconnaissable par ses proportions surdimensionnées, elle s’exhibe en rupture avec les mannequins plus conventionnels qu’on a l’habitude de voir. 
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L’opération est relayée sur le site e-commerce de la maison milanaise où la poupée apparaît vêtue, aux côtés d’un vrai mannequin.
Ce joli coup de maitre engage de nouvelles histoires entre la maison et son public, et cette fois-ci en mettant tout le monde d’accord.
Ce qui est sûr avec les poupées pour grands enfants, c’est qu’on ne se lassera jamais des nouveaux joujoux de Karl.  
Ci-dessous le charm’s en fourrure mini-Karl, porté par Cara Delevingne en ouverture du défilé Fendi, ce jeudi à Milan.
 
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