Erwin Blumenfeld, l’oeil aux multiples facettes

Artiste autodidacte et contestataire de la société berlinoise du XXe siècle, Erwin Blumenfeld s’est créé un parcours aux multiples facettes. Alors qu’il s’auto-proclamait « Président dada chapliniste » à ses débuts, il termine sa carrière comme photographe de mode le mieux payé du monde. L’artiste américain originaire de Berlin a mis son travail au service de ses expérimentations, et cet élan l’accompagne tout au long de sa vie.
 
Du 15 octobre au 26 janvier 2014, le Musée du Jeu de Paume lui consacre une exposition. Une belle occasion d’apprécier ses œuvres, ainsi que d’observer la circulation des images et les réinterprétations qu’il en a faite à travers ses travaux.
 
LE COLLAGE : 
UNE TRADUCTION CHAOTIQUE DU MONDE QUI L’ENTOURE.
 
Fortement inspiré par le cubisme et l’impressionnisme, Erwin Blumenfeld s’intéresse à la couleur et à sa capacité plastique. Né en Allemagne, juif et pacifiste, la fuite et la haine contre la guerre l’accompagnent dans son travail. Ses premiers collages de scènes de rue et de cafés sont une critique de la société qui l’entoure, et plus précisément de la traduction de la décadence qu’il observe à Berlin. Cette technique lui permet de traduire le désordre et le chaos du monde dans lequel il vit, et qui part en lambeaux.
Dès ses débuts Blumenfeld ne s’intéresse pas à la vraisemblance, il transforme la réalité. Il pose des questions à travers la dérision et les oppositions: les jeux d’ombres et de lumière, le négatif/positif,  l’animé/inanimé (corps réel/mannequin), le N&B /couleur, le dessin/photo. Il a toujours accordé beaucoup d’importance à la mise en scène et aux décors, bien avant même de faire des photos de mode.
 
 
 
LA PHOTO : 
L’EXPÉRIMENTATION DE NOUVELLES TECHNIQUES.
 
Blumenfeld réalise ses premières photos en amateur, en faisant des portraits de famille. Son idée permanente de l’expérimentation l’amène à essayer de nouvelles techniques de développement, comme la solarisation (inversion des couleurs). Il tente diverses techniques comme la démultiplication, les distorsions : il déforme pour faire vivre le fruit de son imagination.
Blumenfeld a toujours eu conscience que le monde était un théâtre, peuplé d’apparences. 
Il se met ainsi en scène, et traite la question du masque, avec le maniement de la lumière, et l’utilisation du textile qui oblitère l’identité.
 
 
 
Artiste subversif, il traduit son soucis de la situation en Allemagne bien avant la guerre. En 1933 il crée des portraits d’Hitler, sa célèbre « Gueule de L’Horreur », il parle déjà de camps de concentration, et revisite le mythe du minotaure, symbole de la monstruosité humaine.
C’est à ce moment qu’il se pose la question de la diffusion de son travail, car il souhaite alors « infecter le monde de ses photos ».  
 
 
LA MODE : 
SOMMET MÉDIATIQUE DE SON ART.
 
Blumenfeld a fait du corps de la femme un écran du spectacle des transformations du monde qu’il observe.
On retrouve dans ses photos de mode les jeux d’opposition, l’utilisation de la couleur, ainsi que les déformations qui ont fait le fil rouge de ses expérimentations.
 
 
A l’époque l’introduction de la couleur aux photos artistiques est une révolution. Blumenfeld en explore les possibilités plastiques, et son travail fait les couvertures du Haper’s Bazaar et du Vogue. Après s’être inspiré tout au long de sa vie des courants les plus précurseurs de son époque, il est à son tour un artiste avant-gardiste. 
 
 
Et à en regarder cette photo, représentant une femme américaine de l’après-guerre, croulant sous ses achats, le « Président dada chapliniste » n’avait pas perdu son sens de la critique. 
 
 
 
IL VOULAIT FAIRE ENTRER L’ART EN CONTREBANDE. 
LA MODE LUI A PERMIS DE DIFFUSER EN QUANTITÉ 
DES PHOTOS DE QUALITÉ. 
Erwin Blumenfeld (1897-1969)
Photographies, dessins et photomontages
Exposition du 15 octobre au 26 janvier 2014 au musée du Jeu de Paume
 
 
(Au passage ça ne vous rappelle rien ça ;-))